La Boule de Cristal

Arithmomancie

Divination au moyen du calcul des nombres et des chiffres. L’arithmomancie fut très usitée chez les Grecs et chez les Chaldéens. Chez les Grecs, pour pronostiquer, par exemple, quel serait le vainqueur de deux combattants adverses, on calculait le nombre et la valeur des lettres dont se composait le nom de chacun des deux combattants. Celui dont le nom présentait la plus grande somme de valeurs, d’après ce calcul, était présumé devoir triompher de l'autre. Chez les Chaldéens, l'alphabet était divisé en décades, dans lesquelles certaines lettres étaient répétées plusieurs fois. Pour tirer l'horoscope d'un consultant, on changeait les lettres de son nom en lettres numérales, on en formait ainsi des nombres de plusieurs chiffres, qu'on rapportait au nombre représentant les planètes, et de l'inspection de ces planètes on déduisait des pronostics pour l'avenir.

Les pythagoriciens et les platoniciens pratiquèrent beaucoup l'arithmomancie. Du reste,les nombres ont toujours exercé une grande influence sur les esprits enclins à la superstition. L’unité marquait le caractère sublime de la Divinité. Les nombres impairs, et entre autres le nombre trois, étaient en grande vénération chez les anciens; ils étaient consacrés aux choses divines : numero Deus impare gaudet (Dieu est favorable au nombre impair). Un grand nombre de dieux et demi-dieux du paganisme sont groupés par trois; les trois juges des enfers, les trois Grâces, les trois Parques, etc.

Le nombre trois, dans le christianisme, a fourni la trinité; dans la franc-maçonnerie il donne le triangle, et le philosophe Pierre Leroux en a fait la base de sa triade. Le nombre quatre était regardé par les pythagoriciens comme la figure de la perfection; et il est remarquable qu’en la plupart des langues, excepté en italien et en anglais, le nom de Dieu est formé de quatre lettres. Le nombre sept était un nombre sacré chez les Hébreux, et, pour beaucoup de praticiens modernes de la divination, sept est un nombre fatidique dans un sens favorable. Le nombre-treize, au contraire, est fatidique dans un sens mauvais et néfaste. Combien ne voit-on pas, de notre temps même, d’esprits distingués à qui le nombre treize inspire une profonde terreur !

C’est Pythagore qui fut le créateur de cette mystagogie numérique qui s’étendait à la plupart des nombres : On a pensé toutefois que les chiffres n’étaient pour lui que des symboles énigmatiques sous lesquels il dissimulait sa doctrine, comme les diplomates dissimulent leurs communications sous les correspondances chiffrées.

La science, tout en protestant contre la valeur fatidique des nombres, n'a pas laissé que de signaler dans certains nombres des propriétés singulières; c'est ainsi qu’elle a observé, par rapport au nombre 9, que tous les multiples de ce nombre sont composés de chiffres dont la somme fait toujours 9 (2 * 9 = 18, or 1 + 8 = 9 ; 9 * 9 = 81, or 8 + 1 = 9 ; 13 * 9 = 117, or 1 + 1 +7 = 9).

Une autre particularité du nombre 9, c’est que si l’on renverse l'ordre des chiffres qui expriment un nombre quelconque, la différence du nombre direct et du nombre renversé est toujours un multiple de 9; par exemple 53 - 35 = 18 ou 9 * 2 ; 4781 - 1874 = 2907 ou 9 * 329.

C’est une combinaison de nombres qui a fait naître l’idée de ce qu’on appelle les carrés magiques. Ce carré est formé de plusieurs carrés partiels dans lesquels on range les termes d’une progression arithmétique, en leur assignant une position telle que les nombres compris dans chaque colonne verticale ou horizontale, étant additionnés, produisent respectivement la même somme que l'addition de ceux de chaque bande diagonale s’étendant d’un angle quelconque de la figure à l’angle opposé.

Un exemple fera comprendre parfaitement cette définition. Si, conformément à la règle prescrite, vous distribuez plusieurs termes d’une progression par différence, tels que 1, 2, 3, 4, 5, 6, 7, 8, 9, 0, dans les cases du carré ci-dessous.

5 10 3 4 6 8 9 2 7

il est aisé de reconnaître que vous obtenez : 5 + 10 + 3 = 4 + 6 + 8 = 9 + 2 + 7 = 5 + 4 + 9 = 10 + 6 + 2 = 3 + 8 + 7 = 9 + 6 + 3 = 5 6 + 7

C’est Manuel Moschopule , arithméticien grec du XlV° siècle, qui fut conduit le premier, par l'usage des progressions, à la découverte de ces carrés, qu’il appela magiques, à cause de leurs propriétés singulières; il chercha et parvint à trouver une règle pour les former.

Le célèbre Corneille Agrippa s’exerça sur le même sujet, et crut apercevoir dans les carrés des sept nombres, compris entre 2 et 10, une analogie mystérieuse avec les sept planètes connues de son temps.

Plus tard, Bachet de Méziriac, membre de l’Academie française, étudia la construction des carrés magiques et découvrit une méthode pour former ceux dont la racine est impaire. Frenicle, Poignard, La Hire, Ozanam, se signalèrent successivement dans le même genre et perfectionnèrent cette théorie, qui est surtout une curiosité bizarre et amusante.

C'est aussi au moyen de combinaisons de chiffres et d’une sorte d’arithmomancie que des calculateurs ont prétendu avoir prédit l’année de la chute de Louis-Philippe et l’année de la déchéance de Napoléon III.

 

Tiré de 'L'art de tirer les cartes' par Antonio Magus, 1875.

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